Lundi 3 novembre 2014 1 03 /11 /Nov /2014 16:33

Cette phrase de Marc Emery est extraite de son éditorial fameux de L'architecture d'aujourd'hui numéro 155 d'avril-mai 1971, consacré au design, alors qu'il était le rédacteur en chef de la revue.

 

Le numéro dans son ensemble témoigne d’une volonté de Marc Emery de s'intéresser aussi bien à la question du design qu'à celle de l'architecture, sans distinction de valeur ni hiérarchie, dans un contexte historique de remise en cause des idéologies et de déstabilisation des certitudes corporatistes.


Voici une transcription de l’éditorial signé Marc Emery qui introduisait ce numéro de L'architecture d'aujourd'hui devenu mythique pour de nombreux concepteurs de formes, architectes comme designers. Ce texte n’a pas mal vieilli, c’est le moins que l’on puisse dire :


Design, le mot à la mode.

 

Celui qui, après environnement, aménagement, planification, doit, par l’intégration rationnelle de technologies dévorantes, promouvoir un monde meilleur.

 

L’architecture et le marketing, l’esthétique et la production industrielle, la psychanalyse et le fonctionnalisme s’y marient sans pour autant modifier les anciennes pratiques.

 

Tout est design, mais le design n’est pas dans tout.

 

C’est un concept utile dans lequel chacun, suivant ses aspirations, ses besoins et ses intérêts, puise une méthode globale, une doctrine, une philosophie, une technique, une loi, un processus, voire même un art de vivre.

 

Comme l’objet qu’il traite, le design apparaît et disparaît.

 

C’est un sujet théorique, une entité qui s’abstrait et se mythifie, gardant toujours, à travers ses mutations occasionnelles, une fonction sociale à tendance humanitaire.

 

C’est successivement une esthétique industrielle destinée à introduire le sensible dans l’horrible quotidien, une technique pour consommateurs conditionnés, une méthode globale d’appréhension de l’espace.

 

Certains y voient la négation de toute « architecture » ; d’autres son renouveau.

 

L’architecte se veut « designer » mais le designer nie l’ "architecture".

 

Tous deux cherchent par des voies similaires une maîtrise globale de l’espace.

 

Tous deux souffrent des mêmes confusions quant à la finalité de leur pratique et leur insertion dans une société en mutation.

 

L’objet qu’ils étudient a par définition son « architecture » ou son « design », mais l’architecture et le design cherchent encore leurs objets.


M.E.

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Mercredi 1 octobre 2014 3 01 /10 /Oct /2014 17:23

La bibliothèque de l’Ecole Camondo a reçu un important don d’ouvrages d’architecture, d’architecture intérieure et d’histoire de l’art, provenant de la bibliothèque personnelle de M Joseph-Charles Muniz, disparu le 29 juin 2014.


Joseph-Charles Muniz était américain, architecte d’intérieur, et il a dirigé de nombreuses années le département d’architecture des magasins Saks Fifth Avenue avant de s’établir à Paris.


Son ami et héritier Christophe Chenault a souhaité faire don de cette bibliothèque à l’Ecole Camondo, et leur ami commun, Claude Bouchard, enseignant de l’école, s’est chargé de nous faire parvenir ces ouvrages qui depuis ont intégré le fonds de la bibliothèque.


La bibliothèque de l’Ecole Camondo s’enrichit significativement grâce à ce don.


Lien dans le catalogue vers le don Joseph-Charles Muniz

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Lundi 29 septembre 2014 1 29 /09 /Sep /2014 12:09

ECOLE CAMONDO, SEMINAIRE AMBIANCES POUR HABITER, AVRIL 2014


PATRICK TOSANI, CHANGEMENTS D’ETATS


 

Les questions de manipulations spatiales, de jeux d’échelles et de matérialité des photographies sont des constantes du travail de Patrick Tosani, qui est structuré en séries systématiques.


Ses premiers travaux, en noir et blanc, qui suivent immédiatement son diplôme à l’Ecole spéciale d’architecture au début des années 1980, sont des décompositions spatiales, enregistrements visuels d’un jeu avec un espace en perspective.


On y voit des références au plan, à la coupe ou autres éléments de langage architectural, mais aussi aux productions de Dibbets, Smithson ou Georges Rousse.


Tosani insiste sur les problèmes techniques et de mise au point des protocoles précédant la prise de vue. Cette confrontation au réel d’un dispositif déterminera, pour l’ensemble de ses séries, ses propositions esthétiques.


Apparaît ensuite un travail en dehors de l’atelier, où l’objet, en l’occurrence une paire de chaussures, est érigé en médium de transfert de réalité, exercice d’enregistrements de points de vues inattendus d’un paysage urbain.


La couleur apparaît alors, pour une restitution plus fidèle du réel, mais aussi pour une esthétique fictionnelle : il s’agit de figurines, puis de papiers journaux découpés et figurant des archétypes d’architecture patrimoniale, emprisonnés dans des sculptures de glace, espaces limités qui rendent compte d’un instant photographique et poétique, avant la fonte.


Plutôt qu’un travail sur la nature de l’objet, il s’agit pour Tosani de réfléchir à propos de l’image de l’objet, comme plus tard avec des portraits flous, projetés sur des extraits de textes en braille. Les points gaufrés du braille sont nets, forment contraste avec les portraits, et semblent appeler le spectateur au contact tactile, tandis que l’ensemble de l’image, encadrée telle un portrait classique, interdit tout contact.


Comme pour l’ensemble de son œuvre, il s’agit d’un jeu entre visible et invisible, entre présence et absence, entre matérialité et immatérialité. Où le titre de la série, « Portraits », signifie ce que nous ne faisons qu’apercevoir, tandis que les photographies nous donnent à voir nettement ce que nous ne pouvons lire.


Tosani se lance ensuite dans une représentation de la pluie traitée comme un objet maîtrisable où l’écoulement de l’eau est interrompu par des signes de ponctuation en volume.


Les talons de chaussures, les cuillères, les peaux de tambours et autres séries, sont autant d’exercices de portraits d’objets où la photographie révèle sa présence physique, où le format et le point de vue choisis sont essentiels car déterminés par l’objet lui-même, en atelier.


Autre constante du travail de Tosani : la représentation du corps, son absence et sa présence.


Viennent les séries de fragments de corps, photographies de personnes à partir de points de vue impossibles ou inversés,  tas de vêtements cachant la probable présence d’un corps, ou encore la série des masques, photographies de vêtements vides mais figés dans leur forme habitée d’un corps cependant absent.


Dans sa collaboration avec l’agence Philippe Lancry architecture dans les années 2000, pour la façade vitrée d’un bâtiment associatif à Paris, Tosani renoue concrètement avec l’architecture. Il confirme plus récemment les liens entre architecture et photographie, avec des projections d’images photographiques ou de peinture sur des maquettes d’architecture.


Patrick Tosani insiste enfin sur l’importance des processus techniques d’ajustement dans son travail préparatoire de photographe, exprime sa fascination pour le pouvoir de restitution du réel de la photographie, qu’il considère comme l’unique médium possible pour son travail.


De l’objet à l’objectif de l’appareil, Tosani s’efforce à ce qu’il appelle une objectivation, où les photographies ne reproduisent pas des objets, mais produisent des objets photographiques.


Lorsque Tosani parle de son travail, on est d’abord frappé par sa générosité : pas de mystère créatif revendiqué, mais plutôt un effort de l’artiste pour nous faire comprendre l’importance d’une mise au point technique d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa réalisation, mise au point parfois triviale, mais déterminant des choix esthétiques.


Lorsqu’on observe ses œuvres, on est frappé cependant par la quantité de références présentes dans certaines de ses séries, voire du caractère humoristique d’une partie de son travail :


Lorsqu’il propose par exemple sa série de cuillères, portraits photographiques dans lesquels se reflètent notamment ce qui semble être des fenêtres ou des éléments d’architecture intérieure déformés par le galbe de l’objet, on ne peut éviter de penser à Ugo La Pietra. Tosani semble ne pas se préoccuper de ce type de clin d’œil dans son travail, puisqu’il le présente comme le résultat de réflexions et d’ajustements strictement focalisés sur son sujet - objet, la perception qu’il en donne, et la représentation qu’il en fait grâce à la photographie, qui elle-même est son sujet ainsi que son propre objet.


Autre exemple : sa série des masques, où les orifices d’un bas de pantalon deviennent, par le choix du point de vue photographique, des orbites pour absence d’yeux, et la raie de l’absence de fesses, un nez, pourrait passer pour un gag. Mais Tosani accepterait-il d’en rire avec nous ?


La question se pose, puisque lorsqu’il montre sa photographie d’une paire de chaussures d’homme remplie d’un liquide blanc débordant, on pense immédiatement, comme Claude Courtecuisse, intervenant dans le débat qui suit la conférence, à l’exact opposé de l’érotisme du champagne dans la chaussure (de femme) à talon. Tosani répond à Courtecuisse en refusant toute référence de type culturel ou historique, pour rester focalisé sur la restitution radicalement visuelle et sensible qui est la sienne.


Dans ses recherches et problématiques formelles de perception et de représentation de l’espace et des objets, Tosani maîtrise l’outil photographique au point que ses images sont à la fois spectaculaires et d’une grande efficacité esthétique et symbolique. Lorsqu’il présente son travail comme lors de cette conférence à l’Ecole Camondo, il fait montre par ailleurs d’une grande modestie, comme ses œuvres apparaissent elles-mêmes modestes, et revendique le caractère dérisoire de ses recherches.


Patrick Tosani, photographe poète radical.

 

 

 

Bibliographie : ouvrages disponibles à la bibliothèque de l'Ecole Camondo

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Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 09:10

Voilà c’est la rentrée.


On a beau s’y attendre, ça fait quelque chose, et puis le temps passe à une de ces vitesses, etc.


Nous avons eu cet été le privilège d’accueillir dans nos étagères et notre catalogue un important don d’ouvrages de la bibliothèque personnelle de Marc Emery.


Près de 300 ouvrages ont aujourd’hui intégré le fonds Camondo, correspondant au « Don Marc Emery ».


Ce don se caractérise par de nombreux ouvrages anglo-saxons, reflets des activités d’Emery aux Etats-Unis, et par une proportion importante d’ouvrages consacrés au design, reflet de ses recherches qui l’ont conduit à considérer le design sur un pied d’égalité et de complétude avec l’architecture.


L’activité professionnelle de Marc Emery va de collaborations avec les plus grands architectes, à commencer par Le Corbusier, à la publication d’ouvrages de design et d’architecture, en passant par la direction d’école d’architecture et autres directions de périodiques spécialisés.


Mais nous proposerons prochainement notre contribution à l’établissement à la fois d’une biographie, et d’une bibliographie de Marc Emery.


Liens pour se rendre d’urgence dans notre catalogue :


Don Marc Emery


Articles et ouvrages signés Marc Emery disponibles à la bibliothèque de l’Ecole Camondo


Bonne rentrée à toutes et à tous, consultez nombreux le catalogue de la bibliothèque de l’Ecole Camondo, ça ne vous fera pas de mal de lire un petit peu.

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Lundi 5 mai 2014 1 05 /05 /Mai /2014 09:31

Les innovations technologiques font désormais concurrence aux bonnes idées cadeaux, la marche vers un monde envahi d'objets indispensables est irrésistible, témoins de nombreux blogs, émissions de télévision, rubriques dans la presse etc.

 

Rien de très nouveau pour le consommateur, si ce n'est que ces productions éditoriales se cachent parfois et plus récemment derrière un alibi de veille technologique.

 

Parmi les plus emblématiques et les plus indispensables des innovations, relayons ici une reconnaissance du postérieur à 98%, rapportée entre autres par Courrier International n°1204 du 28 novembre au 4 décembre 2013.

 

Des étudiants, enseignants et chercheurs de l'Advanced Institute of Industrial Technology de Tokyo, ont poussé une étude jusqu'à la réalisation d'un prototype de siège automobile capable à 98% de reconnaître la personne qui s'assoit côté conducteur.

 

Grâce à 360 capteurs, le siège détecte le poids et la forme de son postérieur, à 2% près, donc.

 

Ces capteurs transmettent ensuite l'information à un ordinateur embarqué qui effectue aussitôt tous les réglages personnalisés imaginables et même inespérés.

 

La motivation des ingénieurs, telle que présentée par l'institut lui-même, semble être le côté dispositif antivol, un poids et une paire de fesses étant donc à 98% une association suffisamment discriminante pour qu'une automobile du futur ne confonde pas un voleur de tire avec son conducteur régulier.

 

POSTERIEUR

 

Une prévention par derrière si l'on ose dire, afin d'éviter d'en arriver aux empreintes digitales.

 

Plusieurs questions se posent :

Où sont pasés les 2% lacunaires ?

Quels sont les dispositifs sécuritaires prévus pour sanctionner le postérieur indésirable ?

Les assurances auto indemniseront-elles encore les propriétaires d'automobiles volées après la mise en place de ces sièges ?

Comment les capteurs réagiront-ils après un repas copieux ?

Après un régime sans frite ?

La France restera-t-elle encore longtemps à la traîne de ses concurrents en matière de R&D ?

Ne pourrait-on pas imaginer appliquer ce système de reconnaissance de postérieur à de multiples usages ?

Du bon côté du lit pour un couple aux habitudes vespérales enracinées ?

Par jaimepasledesign.com - Publié dans : Design
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Citation du mois

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L'histoire piétine.

Pierre-Damien Huyghe, dans 'A'A' n°400, mai 2014, à propos du numéro 155 de L'architecture d'aujourd'hui (paru en avril 1971, consacré au design), pour répondre à la question de Tony Côme: En quoi la pensée du design diffère-t-elle de celle d'aujourd'hui ?

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