Mercredi 17 décembre 2014 3 17 /12 /Déc /2014 11:07

Contribution pour une biographie de Marc Emery

 

Né en 1934, Marc Emery fait son service militaire en Algérie, comme assistant du photographe Claude Palmer. Proche du mouvement lettriste et des surréalistes, Claude Palmer l'introduira plus tard au situationnisme.

 

Après avoir mis au point les plans d'exécution du Couvent Sainte-Marie de la Tourette et du Pavillon du Brésil de la Cité internationale universitaire de Paris, deux réalisations signées par Le Corbusier, Marc Emery se rend aux Etats-Unis. Bénéficiaire d’une bourse à l'Université de Philadelphie en Pennsylvanie, il y obtient un master en architecture et un master en planification urbaine.


Georges-Robert Le Ricolais (1884-1977) y est enseignant et tente d’attirer dans ce lieu des étudiants français. Marc Emery y découvre l'enseignement de Louis Kahn, et rencontre Denise Scott Brown, enseignante en même temps qu’étudiante. Il restera durablement en contact avec elle, ainsi qu'avec son mari Robert Venturi.

 

De retour en France dans les années 1960, il intègre le Béru (Bureau d'études et de recherches urbaines), une structure créée par Max Stern. Cette expérience fera de lui un consultant international recherché en matière d'urbanisme. Oscar Niemeyer (1907-2012) est appelé à concevoir l'université d'Haïfa en Israël en 1963-1964, c'est Marc Emery qui lui sert de guide. Une relation de confiance naît entre les deux hommes qui se poursuivra sur plusieurs décennies. Oscar Niemeyer fera souvent appel à lui pour répondre à des programmes d'urbanisme.

 

En 1967, Marc Emery est approché par Architecture d'Aujourd'hui. Il en devient le rédacteur en chef de 1968 à 1972, puis à nouveau entre 1974 et 1987. Entre temps, il fonde la revue Metropolis. En 1998, les éditions Jean-Michel Place qui viennent de racheter (AA), le nomment pendant quelques mois directeur de la rédaction. Marc Emery exerce en parallèle son métier de journaliste en architecture et design (voir plus bas notre contribution pour une bibliographie).

 

Marc Emery est devenu en 1968, directeur de l’Ecole spéciale d’architecture (ESA), à Paris. Il y fait venir Anatole Kopp (1915-1990) qui lui succède à ce poste dès 1969.

 

Marc Emery s’est également consacré à des recherches personnelles sur le design industriel et son histoire, qu'il a enseigné à l'Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs (Ensad).

 

Durant l’été 2014, Marc Emery a légué une partie de sa collection d’ouvrages sur l’architecture et le design à la bibliothèque de l’école Camondo.

 
Décès de Marc Emery le 25 novembre 2014, Jean-Jacques Larochelle lui consacre un article dans Le Monde du 8 décembre 2014 : Marc Emery (1934-2014), architecte et homme de presse dont le présent article s'inspire largement.


Contribution pour une bibliographie de Marc Emery

 

-Un siècle d'Architecture moderne en France, Paris, Horizons de France, 1971

-Mallet-Stevens, Paris, Firmin-Didot, 1971

-Oeuvres récentes de Roger Taillibert: l'architecture et la révolution des formes, Marc Emery, René Huyghe, Paris, Metropolis, 1977

-Réhabilitation urbaine et interdisciplinarité: cas de La Chaux-de-Fonds, Lausanne, EPFL, 1978

 

-Furniture by Architects, New York, Harry N. Abrams, 1983

-Guide Architecture en France: 1945-1983, avec Patrice Goulet, Paris, L'architecture d'aujourd'hui-L'expansion, 1983

-Pessac de Le Corbusier, ouvrage collectif, Paris, Dunod, 1985

-Paris moderne, Paris, L'Equerre, 1986

-Chapitre sur l'architecture de Les années 30 d'Anne Bony tome 2, Paris, éditions du Regard, 1987

-Chapitre sur l'architecture de Les années 20 d'Anne Bony tome 2, Paris, éditions du Regard, 1989

-Charles-Edouard Jeanneret Le Corbusier: la construction des villes: genèse et devenir d'un ouvrage écrit de 1910 à 1915 et laissé inachevé par Charles-Edouard Jeanneret-Gris dit Le Corbusier, Lausanne, 1992

-L'architecture en question: 15 entretiens avec des architectes, Marc Emery et Marianne Brausch, Paris, Le Moniteur, 1996

-Innovations durables, une autre architecture française, Berlin, Birkhäuser, 2002

-Atelier d'art urbain, Milan, Arca, 2002

-Jean-Marc Ibos, Myrto Vitart, Rome, Carte Segrete, 2004

-Dernières nouvelles, Marc Emery, Sophie Nemoz, Paul Ardenne, Bruxelles, AAM, 2008

-Préfacier de Hangar A380: 234 Architecture, sous la direction de Luciana Ravel, Bruxelles, AAM, 2009

-Jean-Yves Barrier: architecte et urbaniste, Londres, Axel Menges, 2009

-Global architecture: Chabanne et partenaires, Bruxelles, AAM, 2011

 

Autres publications:

-La Chaux-de-Fonds et Jeanneret (avant Le Corbusier), [exposition organisée par le Comité officiel des manifestations du centenaire, Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds; en collaboration avec la Fondation Le Corbusier, Paris / conception: Marc Emery, Sylviane Ramseyer], 1987. Texte du dépliant publié à l'occasion de cette exposition

 

Marc Emery a également signé de nombreux articles dans différents périodiques : Architecture intérieure Créé (à partir du numéro 216, janvier 1987), Le Figaro, Jardin des Modes, Empreinte, Scoope.

 

Ouvrages et articles signés Marc Emery disponibles à l'Ecole Camondo

Par Bertrand Ehrhart - Publié dans : Architecture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 1 décembre 2014 1 01 /12 /Déc /2014 16:29

Jeremy Rifkin, dans Une nouvelle conscience pour un monde en crise : Vers une civilisation de l’empathie (en voilà du titre), assure que (p.265, dans le chapitre intitulé La découverte de la conscience de soi et du moi séparé) La chaise a été inaugurée vers 1490 au Palazzo Strozzi à Florence.


Il se réfère à La mécanisation au pouvoir de Giedion, qui (p.243) intitule un chapitre de son essai La chaise fait son apparition, vers 1490.

 

Voilà qui est clair, et il est toujours pratique de pouvoir se donner ainsi des jalons : la chaise, ce n’est pas compliqué, c’est 2 ans avant Christophe Colomb.

 

Rifkin s’intéresse au développement de l’individualisme et cite Giedion pour argumenter sa théorie selon laquelle la montée de la bourgeoisie va de pair avec une conscience individuelle rompant avec les organisations communautaristes médiévales, d'où la nécessité nouvelle d'une assise individuelle. Giedion lui s’intéresse plus directement à la typologie du mobilier pour examiner les évolutions de la notion de confort dans l’histoire de l’habitat.

 

Cette référence du Palais Strozzi avec son mobilier novateur est tout de même à placer dans un contexte géographique et historique strictement européen :


Pascal Dibie, dans Ethnologie de la chambre à coucher, évoque en effet (p.284) dans le chapitre intitulé De la natte à la chaise (…) des tables et des chaises figurées en haut-relief sur brique, (…) dans une tombe datée du IXe siècle (…) d’autant plus intéressante que les propriétaires n’étaient pas des personnages de rang élevé (…).


Les chinois, encore ! et déjà !

 


STROZZI

 

Ci-dessus, Sgabello, modèle Palazzo Strozzi, peut-être de l’atelier de Giuliano et Benedetto da Maiano, probablement vers 1490, date de l’édification du palais Strozzi à Florence.

Par Bertrand Ehrhart - Publié dans : Typologies de mobilier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 3 novembre 2014 1 03 /11 /Nov /2014 16:33

Cette phrase de Marc Emery est extraite de son éditorial fameux de L'architecture d'aujourd'hui numéro 155 d'avril-mai 1971, consacré au design, alors qu'il était le rédacteur en chef de la revue.

 

Le numéro dans son ensemble témoigne d’une volonté de Marc Emery de s'intéresser aussi bien à la question du design qu'à celle de l'architecture, sans distinction de valeur ni hiérarchie, dans un contexte historique de remise en cause des idéologies et de déstabilisation des certitudes corporatistes.


Voici une transcription de l’éditorial signé Marc Emery qui introduisait ce numéro de L'architecture d'aujourd'hui devenu mythique pour de nombreux concepteurs de formes, architectes comme designers. Ce texte n’a pas mal vieilli, c’est le moins que l’on puisse dire :


Design, le mot à la mode.

 

Celui qui, après environnement, aménagement, planification, doit, par l’intégration rationnelle de technologies dévorantes, promouvoir un monde meilleur.

 

L’architecture et le marketing, l’esthétique et la production industrielle, la psychanalyse et le fonctionnalisme s’y marient sans pour autant modifier les anciennes pratiques.

 

Tout est design, mais le design n’est pas dans tout.

 

C’est un concept utile dans lequel chacun, suivant ses aspirations, ses besoins et ses intérêts, puise une méthode globale, une doctrine, une philosophie, une technique, une loi, un processus, voire même un art de vivre.

 

Comme l’objet qu’il traite, le design apparaît et disparaît.

 

C’est un sujet théorique, une entité qui s’abstrait et se mythifie, gardant toujours, à travers ses mutations occasionnelles, une fonction sociale à tendance humanitaire.

 

C’est successivement une esthétique industrielle destinée à introduire le sensible dans l’horrible quotidien, une technique pour consommateurs conditionnés, une méthode globale d’appréhension de l’espace.

 

Certains y voient la négation de toute « architecture » ; d’autres son renouveau.

 

L’architecte se veut « designer » mais le designer nie l’ "architecture".

 

Tous deux cherchent par des voies similaires une maîtrise globale de l’espace.

 

Tous deux souffrent des mêmes confusions quant à la finalité de leur pratique et leur insertion dans une société en mutation.

 

L’objet qu’ils étudient a par définition son « architecture » ou son « design », mais l’architecture et le design cherchent encore leurs objets.


M.E.

Par Bertrand Ehrhart - Publié dans : Design
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 1 octobre 2014 3 01 /10 /Oct /2014 17:23

La bibliothèque de l’Ecole Camondo a reçu un important don d’ouvrages d’architecture, d’architecture intérieure et d’histoire de l’art, provenant de la bibliothèque personnelle de M Joseph-Charles Muniz, disparu le 29 juin 2014.


Joseph-Charles Muniz était américain, architecte d’intérieur, et il a dirigé de nombreuses années le département d’architecture des magasins Saks Fifth Avenue avant de s’établir à Paris.


Son ami et héritier Christophe Chenault a souhaité faire don de cette bibliothèque à l’Ecole Camondo, et leur ami commun, Claude Bouchard, enseignant de l’école, s’est chargé de nous faire parvenir ces ouvrages qui depuis ont intégré le fonds de la bibliothèque.


La bibliothèque de l’Ecole Camondo s’enrichit significativement grâce à ce don.


Lien dans le catalogue vers le don Joseph-Charles Muniz

Par Bertrand Ehrhart
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 29 septembre 2014 1 29 /09 /Sep /2014 12:09

ECOLE CAMONDO, SEMINAIRE AMBIANCES POUR HABITER, AVRIL 2014


PATRICK TOSANI, CHANGEMENTS D’ETATS


 

Les questions de manipulations spatiales, de jeux d’échelles et de matérialité des photographies sont des constantes du travail de Patrick Tosani, qui est structuré en séries systématiques.


Ses premiers travaux, en noir et blanc, qui suivent immédiatement son diplôme à l’Ecole spéciale d’architecture au début des années 1980, sont des décompositions spatiales, enregistrements visuels d’un jeu avec un espace en perspective.


On y voit des références au plan, à la coupe ou autres éléments de langage architectural, mais aussi aux productions de Dibbets, Smithson ou Georges Rousse.


Tosani insiste sur les problèmes techniques et de mise au point des protocoles précédant la prise de vue. Cette confrontation au réel d’un dispositif déterminera, pour l’ensemble de ses séries, ses propositions esthétiques.


Apparaît ensuite un travail en dehors de l’atelier, où l’objet, en l’occurrence une paire de chaussures, est érigé en médium de transfert de réalité, exercice d’enregistrements de points de vues inattendus d’un paysage urbain.


La couleur apparaît alors, pour une restitution plus fidèle du réel, mais aussi pour une esthétique fictionnelle : il s’agit de figurines, puis de papiers journaux découpés et figurant des archétypes d’architecture patrimoniale, emprisonnés dans des sculptures de glace, espaces limités qui rendent compte d’un instant photographique et poétique, avant la fonte.


Plutôt qu’un travail sur la nature de l’objet, il s’agit pour Tosani de réfléchir à propos de l’image de l’objet, comme plus tard avec des portraits flous, projetés sur des extraits de textes en braille. Les points gaufrés du braille sont nets, forment contraste avec les portraits, et semblent appeler le spectateur au contact tactile, tandis que l’ensemble de l’image, encadrée telle un portrait classique, interdit tout contact.


Comme pour l’ensemble de son œuvre, il s’agit d’un jeu entre visible et invisible, entre présence et absence, entre matérialité et immatérialité. Où le titre de la série, « Portraits », signifie ce que nous ne faisons qu’apercevoir, tandis que les photographies nous donnent à voir nettement ce que nous ne pouvons lire.


Tosani se lance ensuite dans une représentation de la pluie traitée comme un objet maîtrisable où l’écoulement de l’eau est interrompu par des signes de ponctuation en volume.


Les talons de chaussures, les cuillères, les peaux de tambours et autres séries, sont autant d’exercices de portraits d’objets où la photographie révèle sa présence physique, où le format et le point de vue choisis sont essentiels car déterminés par l’objet lui-même, en atelier.


Autre constante du travail de Tosani : la représentation du corps, son absence et sa présence.


Viennent les séries de fragments de corps, photographies de personnes à partir de points de vue impossibles ou inversés,  tas de vêtements cachant la probable présence d’un corps, ou encore la série des masques, photographies de vêtements vides mais figés dans leur forme habitée d’un corps cependant absent.


Dans sa collaboration avec l’agence Philippe Lancry architecture dans les années 2000, pour la façade vitrée d’un bâtiment associatif à Paris, Tosani renoue concrètement avec l’architecture. Il confirme plus récemment les liens entre architecture et photographie, avec des projections d’images photographiques ou de peinture sur des maquettes d’architecture.


Patrick Tosani insiste enfin sur l’importance des processus techniques d’ajustement dans son travail préparatoire de photographe, exprime sa fascination pour le pouvoir de restitution du réel de la photographie, qu’il considère comme l’unique médium possible pour son travail.


De l’objet à l’objectif de l’appareil, Tosani s’efforce à ce qu’il appelle une objectivation, où les photographies ne reproduisent pas des objets, mais produisent des objets photographiques.


Lorsque Tosani parle de son travail, on est d’abord frappé par sa générosité : pas de mystère créatif revendiqué, mais plutôt un effort de l’artiste pour nous faire comprendre l’importance d’une mise au point technique d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa réalisation, mise au point parfois triviale, mais déterminant des choix esthétiques.


Lorsqu’on observe ses œuvres, on est frappé cependant par la quantité de références présentes dans certaines de ses séries, voire du caractère humoristique d’une partie de son travail :


Lorsqu’il propose par exemple sa série de cuillères, portraits photographiques dans lesquels se reflètent notamment ce qui semble être des fenêtres ou des éléments d’architecture intérieure déformés par le galbe de l’objet, on ne peut éviter de penser à Ugo La Pietra. Tosani semble ne pas se préoccuper de ce type de clin d’œil dans son travail, puisqu’il le présente comme le résultat de réflexions et d’ajustements strictement focalisés sur son sujet - objet, la perception qu’il en donne, et la représentation qu’il en fait grâce à la photographie, qui elle-même est son sujet ainsi que son propre objet.


Autre exemple : sa série des masques, où les orifices d’un bas de pantalon deviennent, par le choix du point de vue photographique, des orbites pour absence d’yeux, et la raie de l’absence de fesses, un nez, pourrait passer pour un gag. Mais Tosani accepterait-il d’en rire avec nous ?


La question se pose, puisque lorsqu’il montre sa photographie d’une paire de chaussures d’homme remplie d’un liquide blanc débordant, on pense immédiatement, comme Claude Courtecuisse, intervenant dans le débat qui suit la conférence, à l’exact opposé de l’érotisme du champagne dans la chaussure (de femme) à talon. Tosani répond à Courtecuisse en refusant toute référence de type culturel ou historique, pour rester focalisé sur la restitution radicalement visuelle et sensible qui est la sienne.


Dans ses recherches et problématiques formelles de perception et de représentation de l’espace et des objets, Tosani maîtrise l’outil photographique au point que ses images sont à la fois spectaculaires et d’une grande efficacité esthétique et symbolique. Lorsqu’il présente son travail comme lors de cette conférence à l’Ecole Camondo, il fait montre par ailleurs d’une grande modestie, comme ses œuvres apparaissent elles-mêmes modestes, et revendique le caractère dérisoire de ses recherches.


Patrick Tosani, photographe poète radical.

 

 

 

Bibliographie : ouvrages disponibles à la bibliothèque de l'Ecole Camondo

Par Bertrand Ehrhart - Publié dans : Ambiances pour habiter
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Citation du mois

EMERY

Tout est design mais le design n'est pas dans tout.

Marc Emery, dans son éditorial de L'architecture d'aujourd'hui numéro 155, avril-mai 1971, consacré au design, alors qu'il était le rédacteur en chef de la revue

Présentation

Le Ne dites plus du mois

Ne dites plus esthétique,

Dites design

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés